10/11/2014

Nos chauve-souris bien loin d'Ebola

Alors que certaines chauves-souris africaines semblent pouvoir jouer un rôle de réservoir pour le virus Ebola en Afrique de l’Ouest, Natagora et Natuurpunt tiennent à corriger certaines rumeurs et préciser la situation en Europe.

Le genre Ebolavirus est l’un des trois appartenant à la famille des filovirus (Filoviridae). Des flambées épidémiques sont pour l’instant constatées en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Certaines espèces de chauves-souris frugivores africaines sont les hôtes naturels du virus Ebola. Celui-ci peut se transmettre à l’homme après manipulation ou consommation d’animaux infectés ou d’aliments souillés par les déjections d’animaux infectés et se propager ensuite dans les populations par transmission interhumaine.
Pierrette Nyssen, coordinatrice de Plecotus, le groupe de travail chauves-souris chez Natagora tient à préciser la situation chez nous. « En Europe et en Belgique, la situation est très différente. En effet, les chauves-souris africaines incriminées font partie du sous-ordre des mégachiroptères. Il s’agit de chauves-souris au régime alimentaire varié, avec de grands yeux. Toutes les chauves-souris européennes font partie d’un autre sous-ordre, les microchiroptères, des animaux insectivores, nocturnes, qui se déplacent par écholocation. De plus, il n’y a qu’une famille, les ptéropidés, des chauves-souris frugivores, qui semblent porteuses d’Ebola. Enfin, les trois espèces de cette famille porteuses du virus sont complètement absentes d’Europe, il s’agit d’espèces très éloignées des nôtres !  Il est donc très peu probable que nos chauves-souris puissent avoir un quelconque lien avec le virus Ebola, même si une épidémie devait se développer en Europe. Il n’y a aucun risque de contracter cette maladie en Belgique par le biais des chauves-souris !  »
Les chauves-souris transmettent-elles des maladies ?

Outre leur rôle important dans beaucoup d’écosystèmes dans le monde, les chauves-souris ont aussi été identifiées comme hôte de certains virus qui peuvent affecter la santé humaine. On les appelle des « zoonoses » : des maladies humaines dont l’origine provient d’animaux.

La transmission d’un virus d’un animal sauvage à l’homme résulte souvent d’une altération de l’environnement par l’homme. Par exemple, la destruction de biotopes de chauves-souris (par déforestation et urbanisation) et l’intensification de l’élevage de bétail poussent les chauves-souris à vivre bien plus près de l’homme, de son bétail et de ses animaux domestiques qu’en conditions plus naturelles. Ce contact plus proche peut conduire à un « débordement » d’un virus depuis son réservoir naturel (un animal sauvage) vers la population humaine, soit directement, soit par un hôte intermédiaire (un animal domestique).
 
Relation entre les chauves-souris et les maladies infectieuses dans le monde

Comme tout autre mammifère, les chauves-souris sont considérées comme des « réservoirs » (hôte à long terme) d’un certain nombre de virus, la plupart d’entre eux étant inoffensifs pour l’humain. Dans beaucoup de cas, les chauves-souris ne sont pas elles-mêmes affectées par les virus qu’elles hébergent, vraisemblablement parce que les chauves-souris ont intimement co-évolué avec ces virus depuis des millions d’années. Certaines espèces de chauves-souris jouent un rôle de réservoir viral plus important que d’autres, en fonction de leur contamination antérieure ou de leur mode de vie. Comprendre comment le système immunitaire des chauves-souris résiste à ces virus permettrait d’ailleurs de réaliser des avancées dans la recherche médicale humaine.
 
Quelle est la situation en Belgique ?

La seule zoonose associée aux chauves-souris en Belgique est le « European Bat Lyssavirus », un virus proche de la rage classique (qui affecte principalement les chiens et les renards). Une surveillance de ce virus est effectuée par l’Institut scientifique de santé publique. Aucun cas n’a encore été diagnostiqué en Belgique. Il est cependant probable que ce virus soit présent dans un faible nombre de chauves-souris, surtout chez l’espèce Sérotine Eptesicus serotinus, puisqu’il a été trouvé occasionnellement dans un petit nombre de chauves-souris en France, aux Pays-Bas et au Grand-Duché de Luxembourg. Il n’y a aucun risque si vous ne manipulez pas les chauves-souris, il faut en effet les toucher à mains nues pour qu’un risque de transmission existe. Notons par ailleurs que jusqu’à présent, aucune Pipistrelle commune (l’espèce de loin la plus courante en Belgique) n’a été déclarée porteuse du virus de la rage en Europe. 
 
Visuel 1 : Hypsignathus monstrosus - Photo : Stephen C. Smith
Visuel 2 : Cartes de répartition - Chermundy - Distribution data from IUCN Red List

08:00 Écrit par Dr F. Henin dans Actualité

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